Côte d’Ivoire : Al Moustapha, l’oublié du régime Ouattara ?

En 2011, au plus fort de la crise post-électorale qui a profondément divisé la Côte d’Ivoire, une voix dissonante s’élevait au sein même de la galaxie patriotique. Celle de Touré Al Moustapha. Ancien président du Mouvement « J’aime Gbagbo », réputé proche de Laurent Gbagbo, il prenait alors une position inattendue : reconnaître la victoire d’Alassane Ouattara à l’élection présidentielle.

Une rupture aux conséquences lourdes

Dans un contexte de tensions extrêmes, cette déclaration tranche avec la ligne de ses anciens compagnons politiques. Pour Touré Al Moustapha, il s’agissait d’un choix de conviction. Il estimait que les urnes avaient parlé et que le verdict devait être respecté.

La réaction ne se fait pas attendre. Ses prises de position lui valent le courroux d’une frange radicale des partisans de Laurent Gbagbo. Ses biens sont saccagés, sa sécurité menacée. L’ancien leader du mouvement patriotique est contraint de quitter le pays dans l’urgence. Il prend le chemin de l’exil.

L’exil et les promesses d’une reconnaissance

C’est à Dakar qu’il trouve refuge. Là-bas, il reçoit les félicitations du régime Ouattara pour ce qui est présenté comme un acte de bravoure et de courage politique. Dans les cercles proches du pouvoir, son choix est salué comme celui d’un homme ayant privilégié la vérité des urnes à la fidélité partisane.

Pourtant, selon ses proches, ces encouragements ne se traduiront jamais en actes concrets. Quinze ans après l’accession d’Alassane Ouattara au pouvoir, Touré Al Moustapha n’aurait bénéficié d’aucun accompagnement particulier. Ni reconnaissance officielle, ni position institutionnelle.

Fidélité sans contrepartie

Revenu en Côte d’Ivoire, l’ancien exilé poursuit son engagement. À travers son « Mouvement Zéro Victime », il sillonne villes et villages pour prôner des élections apaisées et la cohésion sociale. Son discours est constant : éviter à tout prix le retour des violences qui ont endeuillé le pays.

Mais sur le terrain, l’homme semble isolé. Son entourage évoque un manque de soutien, d’encouragement, voire une forme d’oubli politique. Une situation paradoxale pour celui qui, en pleine tourmente, avait choisi de se ranger du côté du camp aujourd’hui au pouvoir.

L’attente d’un geste

Malgré tout, Touré Al Moustapha n’a jamais renoncé à son soutien à Alassane Ouattara. Ses interventions publiques demeurent alignées sur la défense de la stabilité et de la paix.

Dans son entourage, l’espoir persiste : celui de voir le chef de l’État se souvenir de ce ralliement précoce, intervenu à un moment où peu osaient franchir le pas.

Au-delà du cas personnel, son parcours pose une question plus large : celle de la place réservée, dans la vie politique ivoirienne, à ceux qui prennent des positions à contre-courant au nom de leurs convictions.

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